Compte rendu de la grande journée de mobilisation des traducteur·ices, 30 septembre 2026

Tous secteurs, tous statuts, tous domaines de spécialité, les traducteur·ices déterminé·s à améliorer radicalement leur condition se sont réuni·es il y a tout juste un mois pour débattre, proposer, expérimenter, questionner… bref, agir !

Afin de dépasser le cadre convenu de la traditionnelle Journée mondiale de la traduction, qui se tient chaque année le 30 septembre, les collectifs En chair et en os et IA-lerte générale, et le Stef (syndicat des traducteur·ices de l’édition en France) ont organisé une nouvelle journée de grève et d’action. 

Celle-ci faisait suite à une première journée que les deux collectifs et l’ATLF (Association des traducteurs littéraires de France) avaient animée l’an dernier, le 30 septembre 2025.

En préparation depuis mars 2026, et annoncée dès le début de l’été avec le soutien de nombreuses organisations du secteur de la traduction, cette journée de mobilisation s’est tenue à Aubervilliers, dans l’espace géré par l’association Les Poussières, dont nous remercions toute l’équipe pour son soutien.

Un compte rendu des rencontres lyonnaises, organisées par IA-lerte générale, au KoToPo, et à la librairie Au bonheur des ogres, est également disponible dans cet article.

📚Hall des Poussières, matin du 30 septembre 2026, Aubervilliers (93)

Les Poussières, Aubervilliers. Le matin, trois ateliers ont eu lieu simultanément sur les thèmes suivants : tenir l’IA en respect dans nos outils de travail ; confection de zines technocritiques pour déconstruire avec humour les discours pro-IA ; saboter les traductions sous-payées.

L’après-midi, deux tables rondes ont permis de présenter les luttes actuelles propres aux métiers de la traduction et leur articulation avec d’autres combats, puis de réfléchir à différentes manières de travailler, notamment en collectifs ou en coopératives.

La projection de messages vidéo que nous ont adressés des collègues d’autres pays européens a permis de découvrir ce qui se passe hors de nos frontières sur le plan des conditions de travail et de rémunération, ainsi que face à l’IA.

Une assemblée générale a ensuite réuni l’ensemble des participant·es afin d’établir une synthèse des discussions et de s’organiser.

La journée s’est achevée par un « Bingo de l’IA », jeu destiné à tordre le cou aux idées reçues concernant l’IA en traduction.

La cantine était assurée par Valérie Julia, traductrice et cuisinière professionnelle, que nous remercions chaleureusement.

Toute la journée, nous avons également accueilli des stands d’organisations syndicales (STAA, Solidaires Informatique, Sud Culture Solidaires branche Métiers du livre), de collectifs et associations (ATESS, la Bande Illustrée, ATLAS), ainsi que la librairie indépendante Les Mots Passants, proposant un ensemble d’ouvrages technocritiques.

📚Stand intersyndical et interassociatif à Aubervilliers

Pour la première fois, une centaine de traducteur·ices professionnel·les de tous les domaines de traduction se sont réuni·es en un même lieu afin de montrer qu’iels partagent les mêmes préoccupations et qu’iels mènent des actions similaires pour défendre et promouvoir la traduction humaine exercée dans des conditions dignes.

📚Stand de la librairie Les Mots Passants, Aubervilliers. Merci à Louis pour sa présence toute la journée !

Ateliers du matin

Chaque atelier réunissait une quinzaine de participant·es.

  • Atelier Zine technocritique, animé par le collectif En Chair et En Os :

Nous étions une dizaine de personnes réunies dans l’objectif de créer un zine collectif, à l’aide de vieux journaux, magazines et prospectus. Un grand bravo aux participant·es qui ont laissé libre cours à leur imagination et qui ont, en un temps record, armé·es de ciseaux, tubes de colles, feutres et crayons, détourné avec talent et humour des images publicitaires ou des slogans techno-béats. Cet atelier propose de réaliser ensemble une activité manuelle afin de créer d’autres cadres de discussion et tisser du lien autrement ; de passer par le langage visuel pour exprimer nos émotions, nos critiques et revendications face à ces technologies qu’on veut nous imposer. Merci à Margot des Poussières qui nous a permis de photocopier nos productions dans la foulée : mise en page et reliure garanties 100 % DIY, chacun·e a pu repartir avec un exemplaire de ce zine collectif collector.

Le retour d’Anne, une participante. J’ai choisi l’atelier fanzine technocritique, activité un brin originale pour certain.es d’entre nous qui travaillons à partir d’une matière existante faite de mots, et à qui les images, leur composition et leur agencement font parfois peur. Qui sommes-nous pour manipuler-détruire-découper-déchirer la production artistique d’autrui et la passer au mixeur de notre opinion personnelle ? À ma table, il nous a fallu un bon quart d’heure pour accepter l’exercice créatif et peut-être sa composante subversive. Une fois poussée cette lourde porte d’entrée, nous avons plongé, en solo, en binôme ou en groupe, dans le monde merveilleux du découpage-collage-assemblage et ses immenses vallées de poésie tantôt fâchée, tantôt sombre, tantôt amusée. Une promenade où l’on sort les crocs contre l’IA générative avec une joie communicative qui se reflète certes peu dans la production finale mise en page en un rien de temps par l’animatrice, mais qui était bel et bien là.

📚Atelier zines dans la cantine des Poussières
  • Atelier Nos outils de travail, tenir l’IA en respect, animé par Stéphanie Chaptal :

L’idée est de définir les besoins de chacun·e dans le cadre de son travail de traduction en fonction de ses connaissances informatiques et des contraintes de ses commanditaires. Quand on est obligé de passer par des outils de TAO [Traduction assistée par ordinateur], on n’a pas forcément le choix de savoir s’il y a de l’IA ou non dedans. De même si le client utilise de l’IA dans son processus ou sa communication.

Une quinzaine de personnes étaient là, très attentives et visiblement très en demande. C’est quoi Libre Office ? C’est vraiment compatible avec Word ? Et Linux ? C’est bien ? C’est simple ? 

Il y a un gros gap suivant l’âge des personnes, mais aussi suivant leur parcours et leur expérience professionnelle hors traduction.

J’ai proposé une approche par étape en fonction des possibilités et des impératifs de chacun : 

  • Nettoyer son ordinateur et son téléphone des assistants IA
  • Remplacer quand c’est possible l’outil de production de texte par LibreOffice, compatible avec la suite Office et la suite Adobe, mais 100 % sans IA, gratuit et disponible sur tous les systèmes d’exploitation
  • Penser à changer ses boites mail et où faire les réglages idoines 
  • Penser à abandonner les messageries instantanées and co utilisant l’IA
  • Passer à Linux et à ses outils libres.

À très bientôt pour de nouvelles sessions de ce type !

📚 Atelier informatique « Tenir l’IA en respect dans nos outils de travail », grande salle des Poussières
  • Atelier Sabotage des agences de traduction low cost, animé par IA-lerte générale :

Durant cet atelier, le collectif IA-lerte générale a donné plusieurs pistes pour aider les personnes exploitées par des agences de traduction low cost à augmenter leur taux horaire en sabotant légalement et intelligemment leur travail. En s’appuyant sur son Manuel de sabotage des agences de traduction low cost paru deux semaines plus tôt, le collectif a ainsi adapté à notre époque le mot d’ordre du syndicaliste révolutionnaire Émile Pouget : « À mauvaise paye, mauvais travail ! ».

À la fin de l’atelier, une quinzaine de personnes a essayé de post-éditer une « traduction » automatique vite et mal tout en faisant preuve de ruse pour ne pas se faire prendre. L’objectif du sabotage de la post-édition et des commandes de traduction low cost est d’améliorer les revenus des traducteurs et traductrices et d’inverser le rapport de force en faisant savoir aux sous-traitants malhonnêtes que les traducteurs et traductrices ne comptent plus continuer à se laisser faire.

📚Manuel d’IA-lerte générale, septembre 2026 (disponible en papier et en pdf téléchargeable)
📚Table ronde 1, grande salle des Poussières

Table ronde n° 1 : Convergence des luttes : comment la construire, avec qui ? 

Modérée par Samuel Sfez, la première table ronde de l’après-midi réunissait Anaïs Koechlin, Adrienne Orssaud, Annalisa Romani et Jaufré Vessiller-Fonfreide autour de la question de la convergence des luttes. D’une part, il a été question de converger entre traducteur·ices de tous secteurs, alors que nous sommes isolé·es en travaillant chez nous et que nous devons être sur tous les fronts à la fois. D’autre part, il s’agit de converger avec les métiers qui nousentourent (par exemple grâce au STAA, aux AG du livre, à Cultures en lutte), qui rencontrent des problèmes parfois différents des nôtres, mais dont les causes sont communes. Enfin, la convergence des luttes implique aussi plus largement de rejoindre les mouvements d’émancipation qui traversent notre société : antifascisme, technocritique, anti-impérialisme, etc.

Trois questions sont ressorties de cette discussion de 1 h 15 : Pourquoi converger ? Comment converger ? Et que pouvons-nous faire concrètement ?

Pourquoi converger ? Converger est apparu comme un moyen de mutualiser les expériences, les connaissances, et donc d’anticiper la mise en place de mécanismes qui nous porteront préjudice, à l’échelle des individus comme du collectif. S’organiser collectivement permet aussi de dénoncer des conditions de travail dégradantes ou la maltraitance institutionnelle tout en luttant contre l’omerta et la peur qui pèse sur l’individu isolé.

Converger, « mais pas bêtement ». Il est ressorti de la discussion que la convergence de nos luttes devait miser sur le long terme et sur des objectifs audacieux, comme la continuité de revenus, sans s’arrêter à la première difficulté. Elle doit rechercher le fonctionnement horizontal et les contre-pouvoirs, éviter le corporatisme, puisque nous sommes tous et toutes des travailleur·euses. Enfin, la récupération politique de nos revendications a été évoquée comme un point de vigilance, concernant notamment la continuité de revenus.

Que faire ? Il est ressorti de cette table ronde que, pour une convergence des luttes efficace, il faut créer un rapport de force individuel à chaque fois que c’est possible, mais surtout collectif, à travers diverses actions (blocages de publications, occupations de lieux clés, grèves, sabotages, etc.) Il s’agit donc de s’organiser avec des structures adaptées, que ce soit par des collectifs informels comme En chair et en os ou la Bande illustrée, ou par des syndicats comme le Stef, nouvellement créé afin de sortir de la dépendance aux ministères et aux subventions publiques. 

Le rôle de ces collectifs consiste aussi à porter des actions concrètes : la Bande Illustrée a évoqué l’idée d’un tableau collaboratif où chacun·e pourra inscrire les tarifs qu’iel réussit à pratiquer, pour donner des arguments dans les négociations ou encore alerter rapidement sur des pratiques abusives. Un projet du Stef consiste à cartographier les conditions de travail pour ouvrir la voie à une reconnaissance des maladies professionnelles, et donc à des aides de l’État.

En résumé, nous devons réussir à décloisonner nos professions, à sortir du face-à-face et à introduire un maximum d’humain dans nos actions.

Table ronde n° 2 : Penser et repenser nos structures de travail

Comment mieux protéger et déprécariser les traducteur·ices quel que soit leur statut ? En posant cette question, Margot Nguyen Béraud a sonné le coup d’envoi de cette deuxième table ronde dont elle a été la modératrice, avant d’inviter ses hôtes à se présenter et établir ainsi un état des lieux des différents statuts. 

Laura Hurot, traductrice pragmatique de l’allemand résidant en Autriche, opère en tant que prestataire de services linguistiques et est membre fondatrice du collectif IA-lerte générale. Partant de son expérience, Laura a présenté le statut de freelance. Jaufré Vessiller-Fonfreide travaille quant à lui dans la localisation de jeux vidéo sous le statut d’artiste-auteur. Membre de Warlocs, un collectif international de traducteur·ices de jeux vidéo indépendants, Jaufré a présenté le statut d’artiste-auteur·ice et ses déclinaisons dans l’audiovisuel et dans l’édition. Doté d’un statut particulier, Laurent Bianchetti est salarié au sein d’une CAE (coopérative d’activité et d’emploi)où il exerce en tant que traducteur assermenté. S’agissant d’un statut peu connu et peu répandu chez les traducteur·ices, comme l’a montré le sondage à main levée effectué en début de séance, Laurent a pris le temps d’expliquer ce qu’est une CAE ou « scop », et de présenter les étapes et conditions à valider pour intégrer ces structures particulières et en devenir salarié.

Côté freelance, que l’on se constitue en prestataire indépendant ou en micro-entreprise, il existe des dépenses dont on nous parle peu quand on débute : cotisations (URSSAF), TVA, impôts, investissements, frais de comptabilité, frais de voyage (essentiels pour entretenir son réseau), autant de « coûts cachés » qui se heurtent aux tarifs toujours plus bas imposés par les agences. Alors, comment sortir de cette posture, s’interroge Laura, quand on tire parfois plus de la moitié de son chiffre d’affaires d’une seule et même agence, frôlant alors avec le salariat déguisé, et quand le nerf de la guerre, c’est l’argent ? Pour Jaufré, l’un des obstacles majeurs qui contribue à isoler les professionnel·les de la traduction, c’est la logique de « siloïsation » à l’œuvre chez les intermédiaires, qui ont tout intérêt à « diviser pour mieux régner », en interdisant par exemple formellement les traducteur·ices de communiquer avec les développeur·euses, correcteur·ices et autres intervenant·es sur un projet donné. À cela s’ajoute la menace de l’IA, déjà très implantée en traduction pragmatique et dans le jeu vidéo, et dont on connaît les effets pervers, à commencer par la baisse des tarifs. Comment faire front ?

Pour Laura, il existe des leviers individuels et collectifs. Tout d’abord, refusons ce qui doit l’être : disons non à la plateformisation, disons non aux projets de post-édition — ou, quand il nous est impossible de les refuser, sabotons-les (c’est légal) —, refusons les tarifs cassés… Que risque-t-on ? Au pire, on perd un mauvais client (avec dignité). Au mieux, on gagne sa confiance en l’obligeant à nous considérer avec sérieux. Qui sait, peut-être même fera-t-il machine arrière et pensera-t-il à nous lorsqu’il aura un projet plus intéressant. C’est déjà arrivé. Ensuite, et de l’avis général, mutualisons ce qui peut l’être (comptabilité, gestion de projet partagée, prospection, réseautage, etc.) et constituons-nous en collectif pour, in fine, court-circuiter les intermédiaires et travailler le plus possible en direct avec les clients. Résistons en faisant corps.

📚Table ronde 2, grande salle des Poussières

Synthèse de l’Assemblée générale

En fin de journée, les traducteur·ices tous secteurs confondus se sont réuni·es en AG. Une cinquantaine de personnes étaient présentes. La question posée, à l’issue des ateliers et des tables rondes de la journée, était : « Et maintenant, on fait quoi ? ».

En réponse à cette question, plusieurs pistes concrètes ont été évoquées. Celles-ci peuvent être rapportées à la nécessité de créer des convergences.

D’une part, l’idée de se doter de moyens de centralisation des informations est revenue à plusieurs reprises : recenser les tarifs pratiqués par les maisons d’édition, les agences ou les clients donne en effet plus d’arguments lors de négociations individuelles. L’AG a pu constater des différences de culture de négociation entre les différents métiers de la traduction et s’interroger sur les rôles stratégiques distincts qui reviennent aux différentes organisations (associations, syndicats, collectifs…). 

D’autre part, l’AG a insisté sur l’urgence de sortir de l’isolement des traducteur·ices. Il est nécessaire de résister à l’organisation du travail « en silo », mais aussi à la persistance de hiérarchies et de logiques de distinction au sein même de la communauté des traducteur·ices, entre les différents corps de métier (édition, audiovisuel, jeu vidéo, manga…). Plusieurs personnes ont souligné, à l’approbation générale, l’importance de générer plus de dialogues et de solidarité entre les secteurs.

L’AG est revenue longuement sur l’enjeu stratégique des formations universitaires à la traduction (master pro) et des maquettes de cours. Un relatif consensus est apparu sur la nécessité de sensibiliser les étudiant·es aux dangers de l’IA, même si des divergences sont apparues sur les manières de le faire. Si une personne a défendu la nécessité d’intégrer l’IA aux modules de formations pour apprendre à mieux s’en servir, la majorité des personnes présentes ont manifesté une opposition forte à toute formation à la post-édition, qui dénature le sens même du métier de traducteur·ice. À la place, il a été question de multiplier les ponts entre mondes professionnel et universitaire.

L’AG s’est conclue sur le rappel que l’IA touche à toutes les luttes, puisqu’elle est à la fois un enjeu à part entière et un « accélérateur de toutes les tendances ». De l’avis général, l’IA n’est pas une fatalité et il est urgent de relier nos luttes à celles des autres secteurs (écologistes, vegan, antifascistes, technocritiques).

📚Assemblée générale des traducteurices, grande salle des Poussières

Internationalisation des luttes

Nous avons sollicité plusieurs organisations professionnelles d’autres pays, afin qu’elles nous fassent connaître l’état des conditions de travail et de rémunération dans leurs pays respectifs, ainsi que leur position à l’égard de l’IA.

Dans tous les domaines de traduction, sept organisations de Croatie, d’Espagne, d’Italie, du Portugal et de Suisse, ainsi qu’un collectif international de traducteur·ices, ont répondu à notre appel en nous envoyant des messages en vidéo : 

– tous domaines : ASETRAD (Asociación Española de Traductores, Correctores e Intérpretes, Espagne), collectif international Guerilla Media ;

– édition : A*dS (Autrices et auteurs de Suisse, qui a également pour membres des traducteur·ices de l’édition), CTRL (Colectivo de tradutores e revisores literários, Portugal) ;

– cinéma et audiovisuel : ACTA-Tramiti (TRAduttrici e traduttori Multimediali ITalianI, Italie), ATAV (Associação portuguesa de tradutores audiovisuais, Portugal), DHAP (Društvo hrvatskih audiovizualnih prevoditelja, Croatie), DSFTP (Društvo slovenskih filmskih in televizijskih prevajalcev, Slovénie).

Dans huit vidéos d’environ trois minutes chacune, en français ou sous-titrées en français, nos collègues ont fait état de la précarité des métiers de la traduction dans leur pays et présenté leurs positions sur la post-édition et l’IA. Celles-ci sont variées et tributaires des situations économiques et juridiques de chaque pays. Toutefois, une position commune se dégage pour mettre avant tout en valeur la traduction humaine.

Nous remercions très chaleureusement toutes les personnes qui ont donné de leur temps et mobilisé des moyens techniques afin d’enregistrer ces vidéos et nous les faire parvenir à temps pour notre journée d’action : Miriam Palacios et Elena Sánchez (ASETRAD), Timothy McKeown (Guerilla Media), Karine Yoakim-Pasquier (A*dS), Margarida Vale de Gato (CTRL), Giada Riva, Giovanni Campanella et Mattia Cavani (ACTA-Tramiti et Redacta), Tiago Sequeira (ATAV), Petra Matić et Sanja Vorkapić Velić (DHAP), Nina Zakubovec et Barbara Müller (DSFTP).

En outre, l’ATRAE (Asociación de Traducción y Adaptación Audiovisual de España), association espagnole des traducteur·ices de l’audiovisuel, était représentée sur place par Iris Permuy.

Ont aussi participé aux tables rondes et à l’assemblée générale, Timothy McKeown (Guerilla Media) et Annalisa Romani (Strade, syndicat italien des traducteur·ices de l’édition).

Lutter avec humour !

Les difficultés auxquelles font face nos métiers de la traduction ne doivent pas nous empêcher de lutter avec humour. C’est l’arme efficace qu’a utilisée Iris Permuy pour animer la soirée qui clôturait cette journée, avec son Bingo de l’IA. 

La quarantaine de participant·es encore présent·es était munie de cartes semblables à celles d’un loto. Au lieu des chiffres, une ribambelle d’idées reçues que les traducteur·ices ont l’habitude d’entendre à propos des effets de l’IA sur leur profession, par exemple : « L’IA est faite pour vous aider, pas pour vous remplacer », « L’IA élimine les tâches répétitives et ennuyeuses », « Utilisation éthique de l’IA », etc.

Lorsqu’Iris citait une de ces idées reçues, chacun·e vérifiait si celle-ci figurait sur sa carte, tandis que la meneuse de jeu répondait à chaque cliché par une réplique humoristique, parfois cinglante, pour démonter les préjugés.

La personne du public ayant coché la première toutes les idées reçues de sa carte a remporté le « grand prix » : des autocollants « Por una traducción humana », campagne de l’ATRAE en faveur de la traduction humaine dans l’audiovisuel. 

📚 Iris Permuy sur scène en plein bingo (première mondiale). Les Poussières, Aubervilliers

À Lyon, IA-lerte générale donne le ton !

Au centre culturel KoToPo et à la librairie Au bonheur des ogres

📚 Espace culturel international KoToPo, Lyon 1er, au milieu d’étagères de livres en toutes langues

Le retour du collectif IA-lerte générale.

Exit le mode « traductrices anonymes » réunies en cercle, se présentant chacune leur tour, pour terminer, lèvres tremblotantes, par nous annoncer qu’elles quittent la profession. Nous sommes ici pour discuter action collective et mobilisation face à la dégringolade (programmée ?) d’un secteur qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans une stratégie d’IA-à-tout-va-et-à-tout-faire.

La recette est simple : quatre cocottes en papier, un bingo et une quinzaine de têtes pensantes (que nous remercions très chaleureusement pour leur présence et leur bonne humeur !), et nous voilà parties pour une matinée stimulante et riche en anecdotes. Le Sabotounon (désormais disponible en annexe de notre Manuel de sabotage), un arbre décisionnel destiné à nous aider à reprendre le contrôle de nos vies de traductrices, apporte déjà un début de réponse à notre volonté de résistance.

L’après-midi, à la librairie Au bonheur des ogres (Lyon 9e), place à la sensibilisation du public. Là aussi, le ton est immédiatement donné : il ne s’agit en aucun cas de dispenser un cours magistral. Nous offrons de fait à celles et ceux qui se sont déplacé·es une « incursion » dans notre environnement de travail, voire dans notre tête, afin qu’elles et ils comprennent l’exercice auquel nous nous prêtons au quotidien. Mise au point indispensable pour pouvoir ensuite élargir le sujet et discuter des conséquences des usages de l’IA générative sur nos conditions de travail et celles des travailleurs et travailleuses du clic, la langue, la pensée, l’éducation, la planète, entre autres. Notre conclusion au milieu de tout ça : on n’aurait jamais dû laisser la bête sortir du bois…

Événements dans d’autres pays le 30 septembre

Le même jour, en soutien à notre journée d’action, l’AGTPI (Association galicienne des professionnel·les de la traduction et de l’interprétation) a appelé à la « grève » et organisé un rassemblement dans le centre de Vigo, devant le Museo Marco (photo ci-dessous).

Le lendemain, 1er octobre, l’ACTA, syndicat italien des travailleur·euses indépendant·es, a organisé à Milan une projection du film Les Sacrifiés de l’IA, d’Antonio Casilli et Julian Goetz, également en soutien à notre événement.

Sans attendre le 30 septembre prochain, en France et partout ailleurs, à nous tous·tes de continuer de battre le fer : la profession — tous domaines, tous statuts, toutes spécialités — doit continuer à s’organiser pour faire face : la traduction n’est pas un problème un résoudre, ses travailleur·euses solidaires se tiennent débout.
La grève du 30 septembre 2026 a été organisée bénévolement et sans aucune subvention par le collectif En chair et en os, le collectif IA-lerte générale et le Stef, syndicat des traducteur·ices de l’édition en France.

Avec le soutien et la présence du STAA CNT-SO (syndicat des travailleur·euses artistes-auteur·ices), de la Bande illustrée, des syndicats Sud Culture Solidaires métiers du livre et Solidaires informatique, ainsi que des associations de traduction françaises, l’ATESS et ATLAS. 

Soutien international : A*dS (Suisse) ; Strade et Tramiti/Redacta (Italie) ; VdÜ (Allemagne) ; ACE traductores (Espagne).
📚 Traductrices de sciences sociales, filmées par un chercheur en sociologie du travail, Aubervilliers

Merci chaleureux à tous·tes les contributeur·ices de la caisse de soutien, en ligne et sur place. 

Et à tous·tes les grévistes présent·es et solidaires, en chair et en os comme en pensée !